Je déteste le 15 août,

je suppose qu’auparavant en France, j’aimais ce jour ou tout tournait un peu au ralenti. Depuis 4 ans je redoute cette journée qui va forcément me faire revivre ces événements. Merde ! Comment peut-on en arriver là ? C’est en fait un scénario classique. Une journée ordinaire jusqu’à ce que le téléphone sonne et que tout bascule et tourne au chaos. J’aime Eva c’est une fille superbe, naturelle, sensible, douce, drôle aussi, mais finalement bien que nous nous connaissons depuis notre enfance, je ne sais presque rien d’elle. Elle dit des conneries parfois du genre :

« ah bah ça  les hommes.. »

Elle pense qu’ils ont un fonctionnement complètement différent, des animaux indomptables qu’il faut tenir par la queue et avec ceux avec qui elle a choisi de vivre, c’est peut-être vrai.
Je l’aime. J’aime ses longs cheveux noirs, son visage si fin, son menton pointu, ses grands yeux, sa bouche parfaite. J’aime son air un peu surpris, son coté lunaire, sa sensibilité, la joie dans ses yeux quand elle nous voit.
Lorsqu’elle m’a dit être enceinte je me souviens de cette bouffée de bonheur, cette fierté ressentie pour cette gamine sans mère qui s’était construite malgré tout.
Et puis un jour elle a appelé et froidement, presque résiliée, m’a annoncé que son enfant, son bébé était décédé.
Subitement.

J’ai pas tout de suite compris. Pourtant c’était assez simple, bien que inattendu. Il n’y avait rien à comprendre ou à expliquer. Ce matin là encore, il était et puis pour aucune raison, il avait cessé de respirer. 4 mois c’est long. Une éternité pour des parents. Elle est celle qui le connaissait le mieux . Elle est celle qui l’a le mieux connu.
Dans un élan de spontanéité, je suis allée an France . Je pensais être quelqu’un de fort, capable de supporter, d’éponger la tristesse des autres. Des conneries. Au mauvais moment parfois, j’ai quelquefois confiance an moi. En réalité ma présence n’était pas nécessaire, ça n’a rien changé et je n’ai rien apporté. Mais j’y étais et il a bien fallu que j’en prenne plein la gueule.
J’aurais aimé que Hank soit là , étrangement il n’est jamais là pour ce genre de choses, ces événements marquants ou j’aimerais juste sentir sa main dans la mienne. Une fois, j’ai été hospitalisée, je me suis réveillée seule dans une chambre d’hôpital et attendu mes parents pendant des heures. Eux seront même en retard à mon propre enterrement.
Il ne faudrait pas que je pense qu’ils se soucient pour moi.
J’ai reçu des prix, assisté à des cérémonies, j’ai été témoin de mariage, d’enterrement de sœurs, d’ amies, de pères, de grands parents.
Et j’ai pleuré devant le cercueil d’un enfant.
Après tout il y a une certaine honnêteté dans cette solitude. Finalement nous sommes toujours seuls. Ces émotions ressenties elles nous appartiennent, aucun mot, aucune étreinte, aucun sourire, aucune larme ne pourra injecter directement à l’intérieur de l’autre ces émotions, ces sentiments, ces peurs soudaines, cette tristesse tapie au plus profond dont l’origine est justement cette même solitude de l’âme.

Avant de partir Hank a dit « si j’y vais et qu’elle ne pleure pas je pleurerai pour elle. »

Je l’ai remplacé.

Eva avec cette enfance et maintenant son fils qui n’était plus. Toute son histoire était intolérable pour moi.

Elle est si jeune.

J’ai pris l’avion, la voiture, le train comme anesthésiée. Il faut parfois faire les choses sans réfléchir autrement nous tomberions fous. J’ai accepté d’aller voir ce visage, ce petit corps endormi. Pendant que j’écoutais sa voix, j’entendais les autres se congratuler d’avoir cette espérance. Même dans ces circonstances ils affichaient leur dédain, leur condescendance.
Fuck Them All.
Je l’ai écouté parler de l’organisation, des horaires,des lieux.
Et moi je voulais juste la prendre dans mes bras.

Très rapidement, sans avoir à y penser je me suis retrouvée debout, en haut de cet escalier, à attendre ce dernier rendez vous, cette dernière étreinte, ce dernier baisé. Je les ai regardés disparaitre derrière cette porte, voir leur fils, celui dont ils ne s’étaient séparés depuis son premier souffle. Et puis j’ai attendu là avec quelques gens qui dorénavant me seraient liés à jamais.
Après tout nous étions in Hell.
Nous avons discuté de ses derniers moments, comment il s’était endormi pour ne plus jamais se réveiller, comment ils avaient ,en vain, essayé de le réanimer. Puis nous avons fini par ne plus rien dire du tout jusqu’à ce que l’un d’entre eux reprenne la parole et retrace de nouveau cette dernière journée. Nous étions épuisés, ravagés, en pleurs, impuissants. J’ai essayé de ne pas penser aux derniers vêtements qu’elle avait dans sa main avant qu’elle ne disparaisse, à ces peluches qu’elle poserait à coté de son petit ,si fragile, si doux visage.
Et moi j’ai voulu m’arracher les yeux, j’ai voulu serrer mes poings et me frapper jusqu’à ce que toutes douleurs disparaissent, j’ai voulu me mettre en boule et m’évanouir, devenir insensible et dormir. J’ai voulu courir loin, perdre mon souffle et m’écrouler d’épuisement mais lorsqu’ils sont venus nous dire que c’était le moment, que c’était à notre tour de descendre l’escalier, j’étais toujours debout , à la même place, comme droguée.
Nous sommes tous descendus et puis j’ai entrevu ce si petit cercueil au milieu de cette pièce et j’ai voulu faire demi-tour.
Je ne sais pas ce que j’avais pensé. Sérieusement. Bien sûr que ça allait être insupportable, bien sûr que nous serions tous avec notre peine, bien sûr que c’était incompréhensible, que c’était inconcevable presque absurde.
Je me suis assise et Eva m’a prise dans ses bras et nous sommes restées ainsi un moment , mais rien ne pouvait extraire cette tristesse, aucune parole ne pouvait exprimer sa détresse, mes bras étaient impuissants, son fils était toujours sans vie.

Nous l’avons tous embrassé et puis, très rapidement, il a fallu vraiment lui dire au revoir. C’était la dernière fois que Eva verrait son visage et rapidement avant qu’il ne disparaisse, elle lui a encore donné un baisé.
Après ça tout était possible, nous avons continué cette journée abasourdi, ahuri d’avoir en final survécu. Mes parents m’attendaient dehors. Dans la voiture j’ai pleuré et expliqué comment ça avait été insupportable de voir ce beau visage sans vie allongé là. Comment c’était insupportable de voir Eva si jeune et déjà si triste. Quand mon père a dit avec toute sa rudesse que je n’aurai pas du y aller j’ai voulu tirer le frein a main, lui expliquer comment je détestais son manque de finesse, d’empathie. J’ai voulu lui dire toutes les fois ou il avait été méprisant, j’ai voulu lui rappeler comment il traitait mon frère de con, comment une fois il avait planté une fourchette dans sa main. J’ai voulu le frapper mais je n’ai rien fait, rien dit. J’ai juste arrêté de pleurer et remplacé ma tristesse par de la haine et de la colère.

Nous sommes arrivés au cimetière et Eva attendait, elle a donné une fleur à chacun. Nous avons tous attendu notre tour pour passer devant sa tombe et y déposer cette rose.
Vraiment Hank me manquait ça allait être long de marcher, de s’agenouiller, dur de regarder une dernière fois ce cercueil sans que personne ne m’accompagne. Finalement mon frère m’a vu attendre là et craignant que nous ayons tous à attendre longtemps, m’a rejoint et comme lorsqu’il m’emmenait à l’école, je lui ai donné la main.

Je crois que après ça tout le monde était un peu soulagé. A tort. Nous ne savions pas encore que ces événements allés nous hanter longtemps. Cette tristesse allait un peu s’atténuer avec le temps, quand petit à petit des moments banals, heureux, allaient insidieusement se superposer et atténuer cette plaie à vif que cette disparition avait crée.

Depuis j’ai revu Eva. La semaine passée j’ai joué avec son petit garçon. Hank était avec moi et je l’ai regardé le prendre par la main, jouer avec lui, l’appeler.

Le fils d’Eva je l’aime déjà. J’aime lorsqu’il parle, sa petite voix cristalline, ses grands yeux noirs, j’aime l’embrasser et c’est avec un mélange de joie et de tristesse que je le serre dans mes bras.

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Le Regard

Il est 8h43, encore endormie, elle regarde dubitative son écran. Que pourrait-elle exprimer? Non, vraiment comme les jours précédents, elle n’a rien à dire. Son fils est à l’école comme hier et certainement comme demain.
Elle aimerait pouvoir partager une pensée, un sentiment, se sentir écoutée pendant un instant. Rien ne vient ou plutôt si mais ce qu’elle écrira ne sera pas pour que quelqu’un l’écoute. Non. Déjà, mentalement ces mots qui arrivent sont déformés, altérés, falsifiés, déjà elle ne pense plus pour elle mais pour eux. Si elle s’exprime aujourd’hui ce sera pour dire quelque chose de spirituel, de réfléchi. Une citation par exemple. Quelque chose de bien écrit, Sartre ou même Camus. Doug aime l’existentialisme, peut-être commentera-t-il?

Hier il citait encore Gabriel Marcel. C’est un devoir, une responsabilité pour Doug  de chaque jour mettre une citation, un morceau de Television, Nick Drake, Velvet Underground, The Byrds, une photo de Patrice Molinard, un extrait de Solaris. Il affectionne particulièrement les photos de comics représentant Batman giflant Robin.
Il voudrait créer une révolution, il s’offusque de la montée du racisme, ces courants latents qui après chaque nouvelle crise rejaillissent encore plus puissants. Il s’insurge face à la violence faite aux animaux, aime Brigitte Bardot ainsi que Birkin.
Il poste journellement et plusieurs fois. C’est une sorte de cause, une résolution qu’il s’est donnée, celle d’enrichir spirituellement la vie d’autrui.
Ses mots, son habitude à afficher son savoir passe souvent pour de la suffisance. D’ailleurs quiconque ayant une certaine connaissance, de l’éducation ou de la culture, le déstabilise. Dans ces cas là s’engage alors une jouxte intellectuelle sans merci ou chacun en ressort fatigué, haineux et amer.
Il vit seul, il porte continuellement un bonnet, été comme hiver. Il y des années, il a vécu à Florence, il regrette secrètement ce temps ou il avait eu le courage, la possibilité de fuir cette existence morne, cette ville n’offrant aucun changement ou le temps est un éternel automne. Depuis il y est revenu et l’absence d’alternative l’oblige à parler objectivement de cet endroit ou il est né.
Apres tout, il y est à son aise, tout le monde s’y aide, se parle, il n’y a pas de snobisme, comme si par un accort tacite chacun voulait s’entraidait à accepter cette reddition commune. D’ailleurs il déteste tout ceux qui à force d’obstination s’enfuissent vers des contrées plus ensoleillées ou les murs sont plus blancs ou les peaux sont moins ternes.
Seul, il est souvent pris de crises d’angoisses, ces moments qui semblent pour lui interminables ou il peine à respirer, sont souvent soignés par des remèdes naturels pourtant illicites. Il est bien ici, il avait vu grand au départ et puis maintenant l’idée même de partir l’angoisse terriblement. Ici il est quelqu’un qui pense, quelqu’un qui a étudié celui que l’on écoute, que l’on croit si sur de lui. Ailleurs il serait perdu.

Il est 9h15 Lucy rentre tout juste du travail, comme à son habitude chaque minute de sa vie est soigneusement reportée. Le café qu’elle prépare, le ménage qu’elle doit ou ne veut pas faire, si elle a la garde des enfants aujourd’hui, son état mental, physique. C’est un moyen pour elle de se connecter, d’avoir la confirmation que les autres vivent également ainsi. Journellement elle poste des messages pré-préparés clamant combien elle aime sa fille, son chien, sa petite fille, ses sœurs. Sa nouvelle sympathie pour le parti UKIP ou le mouvement Britain First prouve, par les nombreux commentaires, le nombre croissant des partisans. Bien qu’elle ne soit que très rarement confrontée à une femme portant le voile, elle affiche un regard méprisant pour cette communauté. Le manque de connaissance est parfois le pire ennemi d’une société. Elle est bien évidemment pour la peine de mort. L’armée anglaise est le Bien, ces héros altruistes dont elle ne comprend le combat reçoivent journellement ses encouragements, quitte à poster une photo de soldats souriants posant auprès de l’ennemi récemment abattu. Elle est celle dont on devrait ne pas parler tant sa bêtise est alarmante.

Il est maintenant 9h38 Ju s’énerve et laisse un commentaire clair suite à un post à l’orthographe douteuse. Il propose d’envoyer un Bled, c’est généreux, blessant et ordinaire. Ju s’intéresse à différents sujets mais la dyslexie n’en fait pas partie. D’ailleurs à force d’être aussi exigeant il n’écrit plus, ne converse que très rarement, c’est une sorte de Hikikomori. Un être tellement renfermé sur lui même que même sa colère bientôt ne sera plus exprimée. Il n’a presque plus rien à dire, il ne vit déjà plus.

Enfin à 9h56 elle désactive son compte. Sa fille vient de se réveiller, aujourd’hui et certainement comme demain, elle n’écrira plus. Cette solitude qui est présente depuis si longtemps a tellement été exacerbée par cette quête impossible de se reconnaître dans l’autre. Après tout, celui qui la comprend est resté. Parfois elle l’oublie.

Le temps

Depuis quelque temps, il a pris cette habitude de se regarder, de scruter la naissance, la première apparition de rides, de cernes, de creux. Ces traces qu’ont laissé les sourires, les pleurs, les angoisses et les inquiétudes.

C’est un rituel durant lequel il essaye de se rappeler de son visage,  celui qu’il avait il y a dix ans. Il superpose cette image avec son souvenir, celui qu’il reconnait. Il y a ces souvenirs, ceux qu’il voudrait contenir fermement s’y enfermer et ne plus en bouger les pieds bien ancrés, les yeux fermés et avec entêtement  s’y accrocher. Ces moments qu’il aurait aimé savourer lorsqu’il était pensif, inquiet, bien vivant mais tellement ailleurs souvent.

Dix ans c’était lorsqu’elle s’asseyait sur ses genoux comme ça, sans complexes et qu’elle l’embrassait à pleine bouche, longtemps.

C’était la regarder venir vers lui, vêtue de cette tunique, encore plus nue que si elle ne portait rien.

Ces discussions, ces ivresses, ces pleurs, leur ignorance du temps qui passe tellement occupés à critiquer l’instant. Maintenant ce luxe n’existe plus. Ces années ou il pensait  ne vivre que du passable ont laisse la place à un souvenir sucré, une friandise qu’il n’a mangé que du bout des lèvres.

Maintenant il se souvient. Il remonte le temps. Ou était-il il y a 5 ans? Que faisait -il? Était-il encore beau ? L’aimait-elle mieux, souvent, fort ? Était-elle alors amoureuse ? Mais pourquoi n’avait t-il pas commencé à ce moment le piano, le violon, l’écriture, continué la peinture, la guitare ? Pourquoi n’avait t’il pas su à cet instant que cette main posée sur sa nuque, il s’en souviendrait longtemps. Il ferme les yeux et peut encore sentir ces doigts se poser exactement là et délicatement, doucement lui caresser les cheveux. Des larmes apparaissent, cette sensation, ce souvenir le brûle, ça n’est maintenant qu’une plaie sans cesse ravivée par ses réminiscences.

Au même age que faisait Knut Hamsum ? Était-il reconnu ? Mozart était déjà mort. Combien avait-il achevé ? A quel age était mort Ian Curtis ? Et à quel age Paco de Lucia avait-il commencé le Flamenco ?

Non vraiment à son age tout est déjà perdu, d’ailleurs même elle le sait. Elle s’efface déjà, se prépare. D’ailleurs il l’entend qui arrive enfin. Elle ouvre la porte, lui sourit et comme à son habitude, lui caresse doucement la nuque. Il ferme les yeux. Dans 10 ans se souviendra t-il de cet instant?

Ceux qui prêchent la bonté, l’amour et qui deviennent haineux s’apercevant finalement que leurs croyances ne sont pas partagées, qui font du prosélytisme aux moments les moins opportuns, savourant ces moments douloureux qui vont leur permettre enfin de vendre ce dans quoi ils ont investis leurs âmes. Alors finalement un moment de joie, de victoire les étreint, le bonheur de voir se joindre à eux, ceux qui vont renforcer leur certitude d’être dans le vrai.

J’ai vu

cette génération de rêveurs devenir vieille, ridée, amére

ceux qui attendaient là,  priant  maintenant que leurs enfants deviennent

ceux qui, high on weed, espéraient que leur musique traverserait cet hameau

ceux qui maintenant engendraient

ceux qui voulaient des universités un savoir, une culture celle la même déversée par des professeurs, eux-mêmes  loosers, croyant à ces torrents de connerie débités à la minute devant un auditoire béat, attentif et prostré devant les peurs superstitieuses d’un enseignant insignifiant

Meursault,  Meursault cette ignorance

ceux qui, ex hipsters, attendaient religieusement à 4 heures d’apercevoir le visage de leurs progénitures, seul espoir dans leur existence morne, monotone, leur ventre proéminent pointé vers ce nouveau futur qui apportait déjà l’espérance d’un recommencement

celles  qui peinturlurées de rouge,  visages blasés, déformés par la rancoeur et l’amertume, défiant le temps, font de leurs enfants des singes savants à force de répétitions, de cris, de claques, de menaces espérant silencieusement que celui-ci ne soit pas comme le géniteur

ceux qui dans un coin,  ne sachant articuler, finissent leur pint of Carling, de la merde sortant et rentrant de leur bouche quoi qu’ils fassent, tels des nourrissons ne faisant aucune différence entre le bon et la pourriture, ayant pour femme des mères les détruisant silencieusement, souriantes, sereines  et sures  que cette odeur putride laissée sur le passage de ceux qui partagent leur lit sera finalement de courte durée

ceux qui pensent que naïvement tout est sain, tandis que, lentement leurs corps s’infectent, leurs sourires s’éffacent, leurs yeux s’affaissent, leur corps se plie, poids de rêves non consommés, d’amours insipides, d’ambitions inéxistantes

ceux qui dont l’enfance ne les a éffleuré, déja vieux, sérieux, ennuyeux et mornes dés ce premier cri, la vieillesse les ayant déjà rattrapée avant même d’avoir été jeune

The big beauty ?

Comme j’étais ainsi, ne faisant rien, je me suis mise à lire ces magazines, livres, articles. J’ai voulu savoir comment l’autre pensait, être le témoin invisible de chaque étreinte échangée. J’ai voulu connaitre leurs pensées, leurs angoisses, leurs peurs. J’ai voulu savoir comment les personnes d’une même communauté, d’un même sexe fonctionnaient. Ce monde dont je ne voulais pas faire partie est devenu paradoxalement, ma principale obsession.  J’ai découvert une ode à une féminité dérangée, superficielle, affectée, malade. Une apologie de l’artificiel.

Un pastiche du Naturel.

Pas besoin de te dire que cela m’a profondément affectée.

Assise là, j’ai découvert que c’était extrêmement mal d’être très maigre mais que en contrepartie, être en surpoids, voir obèse était complément acceptable. Que de montrer du doigt une femme anorexique avec un regard haineux était parfaitement acceptable mais qu’en contrepartie critiquer une grosse était politiquement et éthiquement incorrect.

Je déclare donc Le Gros comme la nouvelle tendance.

Et promettre de ne plus utiliser ce mot. Tendance est comme  » je plussoie », « mais tellement » « rapport que » ou le magistral « ou pas »  des expressions dont j’imagine, lorsque je les lis, l’utilisateur celui qui se croit génial, malin, en avance « mais tellement » normal. Le cynique, le frustré.

Ainsi j’ai découvert des photos de grosses engoncées dans des vêtements outrageusement ajustés. Des couleurs criardes, des formes improbables mais surtout des  personnes malades à qui l’on fait croire que tout va bien.

Certaines pathologies, disfonctionnements sont à la mode lorsque d’autres sont sévèrement réprimandés.

J’ai vu des photos me faisant douter de l’honnêteté des commentaires. Parce que ces images nous confortent, nous rassurent, nous font grandir et espérer momentanément.

La misère des autres est parfois un baume pour nos propres souffrances.

We are fucked up.

Indeed !

The Catcher

On passe le temps à lui dire qu’il est à coté, étrange, fucked up. Avec le temps il s’est fait à cette idée. Pourtant, quelques rares échanges lui laissent cette impression à la fois amère et agréable d’être mentalement bien portant mais irrémédiablement seul.