Mario

Enseigner est un art et il n’y a pas beaucoup d’artistes. Personnellement il m’a fallu 15 ans pour rencontrer un bon enseignant. Avant celui-ci j’ai rencontré  des sadiques, des obsédés, des tristes, des mous. Tous cons de surcroit. La clef est certainement d’être passionné. M était avant tout passionné.

Je pense par exemple à P. qui collait les chewing gums dans les cheveux des élèves quand ceux-ci les mâchouillaient en classe. Une hystérique. Elle enseignait qu’à ceux ayant les capacités, les conditions requises. Dans un désir de simplifier sans doute. Ça ne va pas bien loin. Quand on enlève ceux avec un problème d’apprentissage, ceux avec des problèmes familiaux, ceux qui s’ennuient, ceux qui sont bien au-dessus, les deprimés, ceux qui questionnent. Il ne reste plus grand chose, une rangée tout au plus. Le premier rang, quoi.

Pauvre P. Qu’elle repose en paix.

Et puis la liste ne serait pas complète sans Z. Z. grand, fort presque gros, dégarnis, déjà. Z.  nous parlant constamment  de sa ceinture de merde obtenue au judo. Z. se mesurant constamment aux élèves masculins, les provoquant et les invitant à se mesurer à lui physiquement. Dans un désir de domination, d’humiliation, d’être le maitre

Z. avec sa blouse blanche, immaculée, boutonnée. Z. avec sa Georgette, cette petite règle carrée dont il se servait pour taper les doigts de ceux donnant une mauvaise  réponse. Et puis et surtout Z. drôle  me faisant douter de ma bonne réponse,  au point, du coup de lui donner la mauvaise. Z. donneur de leçon et tellement sage, me disant que, quoi qu’il dise, il ne faut pas douter, qu’il faut être sure et confiante. Que étant juif, après tout, il ne se comporterait jamais en sadique.

Et puis Z. chez lui réprimé, devant faire les courses, repasser sa blouse, poussant le chariot au supermarché avec madame donnant les ordres.  Z. priant que madame se sente un peu sexy, juste ce soir. Ca fait tellement longtemps.

On ne peut être le maitre partout.

Z. je t’ai détesté et je t’en veux d’avoir fait d’une discipline, 4 heures de supplice, d’angoisses hebdomadaires.

Et puis je me souviens  de M  me demandant de faire un résumé d’un livre de Zola. Oui je m’en souviens très bien. Je me souviens  de ma voix s’élevant, du silence, de l’étonnement aussi. Je me souviens de mon assurance nouvelle.

Lui ne paraissait pas étonné, comme si en fait il savait depuis le début.

Quelle perte de temps. Quel ennui aussi de vouloir rentrer dans cette petite case pour être comme les autres, pour réussir, pour être compris.

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